Comprendre
L’os qui proteste
Le syndrome de stress tibial médial, appelé périostite, correspond à une souffrance du bord interne du tibia sous l’effet des impacts répétés. La douleur est diffuse, s’étend sur plusieurs centimètres, et apparaît d’abord en début de sortie avant de s’échauffer.
Elle survient le plus souvent dans un contexte de charge : reprise après coupure, passage sur route dure, augmentation rapide du kilométrage, ou changement de chaussures. Les méta-analyses retiennent comme facteurs de risque un poids ou un indice de masse corporelle plus élevé, un affaissement de l’arche du pied, une amplitude de flexion plantaire de cheville et une rotation externe de hanche plus grandes, le fait d’être une femme et un antécédent de blessure en course.
La distinction avec la fracture de fatigue est essentielle. Une douleur qui devient très localisée, présente au repos et à la marche, doit faire changer de diagnostic et d’attitude.
Les signes qui parlent
Une douleur étalée sur plusieurs centimètres du bord interne du tibia.
Elle s’échauffe en début de sortie, puis revient après l’effort.
Un lien net avec une hausse récente du volume ou du dénivelé.
À l’inverse, un point exquis d’un centimètre doit faire penser à une fracture de fatigue.
Au cabinet
Périostite ou fracture de fatigue ?
La distinction se fait d’abord cliniquement. En cas de doute, l’imagerie tranche, car la conduite à tenir n’est pas la même.
La cartographie de la douleur
Étendue et localisation précise à la palpation : diffuse oriente vers la périostite, ponctuelle vers l’os.
L’histoire d’entraînement
Volume des six dernières semaines, surface, chaussures, dénivelé, reprise après arrêt.
Les facteurs associés
Force du mollet, mobilité de cheville, cadence de course, statique du pied, statut nutritionnel.
L’imagerie si doute
IRM en cas de suspicion de fracture de fatigue : la radiographie est souvent normale au début.
Le traitement
Réduire l’impact, renforcer le mollet
Aucun traitement n’a fait la preuve de sa supériorité. Au cabinet, la prise en charge tient en deux volets : baisser temporairement la charge d’impact, et augmenter la capacité de la jambe à l’encaisser.
Phase 1 · 1 à 3 semaines
Baisser l’impact
Réduction du volume de course, bascule partielle sur vélo ou natation, surfaces plus souples. On garde de l’activité, en évitant les impacts qui réveillent la douleur.
Phase 2 · 3 à 8 semaines
Construire la jambe
Renforcement du triceps et des muscles du pied, travail en charge progressive, puis sauts légers. C’est une pratique courante, sans bénéfice propre démontré. On augmente aussi la cadence de course de quelques pas par minute : chez des personnes non blessées, +5 % réduit déjà l’énergie absorbée par le genou, et +10 % celle de la hanche.
Phase 3 · dès 6 semaines
Remonter le kilométrage
Progression du volume par paliers modestes, une variable à la fois. Le dénivelé et les surfaces dures reviennent en dernier.
L’analyse de foulée aide à réduire durablement l’impact : voir La Clinique du Coureur®. Chez les coureuses, une périostite récidivante justifie un bilan nutritionnel et hormonal.
Ce que dit la science
Sur quoi repose cette prise en charge
Les méta-analyses retiennent le poids ou l’indice de masse corporelle, la chute du naviculaire, l’amplitude de flexion plantaire de cheville et la rotation externe de hanche.
Reinking et al. (2017) ajoutent le sexe féminin et un antécédent de blessure en course.
Chez 45 personnes courant en loisir, augmenter la cadence de 5 % réduit l’énergie absorbée par le genou ; à 10 %, la hanche est aussi moins sollicitée.
Heiderscheit et al., personnes non blessées. Le tibia n’a pas été mesuré.
Ajouter des étirements et du renforcement du mollet à un programme de course progressif n’a pas raccourci le délai pour le terminer.
Essai randomisé, 74 personnes, trois groupes.
Quand consulter sans attendre
Ces signes évoquent une fracture de fatigue plutôt qu’une périostite.
Une douleur très localisée, sur moins de deux centimètres, exquise à la pression.
Une douleur présente à la marche, voire au repos et la nuit.
Une douleur qui apparaît de plus en plus tôt dans la sortie, séance après séance.
Un gonflement local ou une chaleur sur le tibia.
Chez une coureuse : des règles absentes ou irrégulières associées.
Questions fréquentes
Ce qu’on nous demande en consultation
Dois-je arrêter complètement de courir ?
Rarement. On réduit fortement le volume et l’impact plutôt que d’arrêter, sauf si la douleur persiste à la marche.
Combien de temps ça dure ?
Le délai varie beaucoup : quelques semaines dans les formes récentes, plus longtemps si la douleur traîne depuis des mois. Dans un essai, près d’une personne sur cinq n’avait pas terminé le programme de reprise de course, faute de progrès.
Les semelles règlent-elles le problème ?
Elles peuvent aider sur certains pieds, mais la gestion de la charge et le renforcement restent le traitement principal.
Comment éviter la récidive ?
En progressant lentement, une variable à la fois, et en gardant un renforcement du mollet toute l’année.
Relu par le Dr Basile Carcassonne, médecin du sport, pour la distinction avec la fracture de fatigue.
Dernière mise à jour : 28 août 2026 · prochaine revue : février 2027.
Cette page a une visée d’information. Elle ne remplace pas une consultation.
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