Comprendre
Un os qui n’a pas eu le temps de s’adapter
L’os se remodèle en permanence en réponse à la charge. Quand les impacts s’accumulent plus vite que la reconstruction, une fissure microscopique apparaît, puis s’étend. C’est la fracture de fatigue, ou fracture de stress.
Au cabinet, on la voit surtout au tibia, aux métatarsiens et au calcanéum, plus rarement au col du fémur, au sacrum ou à la branche pubienne. Certaines localisations sont dites à risque, parce qu’elles consolident moins bien : le col du fémur sur son bord en tension, la rotule, la face antérieure du tibia, la malléole interne, le talus, l’os naviculaire, la base du cinquième métatarsien et les sésamoïdes du gros orteil. Elles imposent une prise en charge stricte et rapide.
Au-delà de la charge, l’énergie disponible compte. Une alimentation insuffisante par rapport à la dépense, des règles absentes ou irrégulières, une densité osseuse basse fragilisent l’os, chez les femmes comme chez les hommes.
Ce qui doit alerter
Une douleur très localisée, qu’on peut montrer du bout du doigt.
Elle apparaît de plus en plus tôt dans l’effort, séance après séance.
Elle finit par gêner la marche, puis persiste au repos.
Une douleur nocturne, ou une douleur au simple sautillement sur place.
Au cabinet
Confirmer vite, sans perdre de temps
La radiographie est souvent normale les premières semaines. Devant une suspicion, l’IRM est l’examen de référence.
L’histoire de la charge
Progression du volume, changement de surface ou de chaussures, reprise après arrêt, cumul de compétitions.
L’examen ciblé
Palpation osseuse, tests d’appui monopodal et de saut, recherche d’une douleur reproductible au même point.
L’imagerie
IRM en première intention devant une suspicion : elle repère la lésion à un stade où la radiographie reste souvent normale.
Le bilan des causes
Alimentation, cycle menstruel, densité osseuse, vitamine D, antécédents de fractures : indispensable en cas de récidive.
Le traitement
Décharger, puis recharger
Le principe est simple : retirer la contrainte le temps de la consolidation, maintenir la condition physique, puis remonter la charge par paliers.
Phase 1 · 2 à 8 semaines
Mise en décharge
Arrêt des impacts, avec parfois des béquilles ou une botte selon la localisation. Les sites à risque, comme le col du fémur ou l’os naviculaire, demandent un avis spécialisé et souvent une période sans appui.
Phase 2 · en parallèle
Maintenir la condition
Vélo, natation, renforcement sans impact, travail du haut du corps. On corrige en même temps les causes : apports alimentaires, sommeil, planification de la charge.
Phase 3 · après validation
Retour aux impacts
Reprise en marche-course, puis course continue, avec des paliers courts et une règle simple : aucune douleur pendant, ni le lendemain.
En endurance, un bilan avec la diététicienne du cabinet fait partie de la prise en charge, tout comme le suivi de la charge en préparation physique.
Ce que dit la science
Sur quoi repose cette prise en charge
Un apport d’énergie trop faible pour la dépense altère la santé, dont la santé osseuse, chez les femmes comme chez les hommes.
Consensus du CIO sur le déficit énergétique relatif dans le sport (REDs).
L’IRM est l’examen le plus sensible et le plus spécifique pour les fractures de fatigue du membre inférieur. La radiographie donne souvent un faux négatif au début.
Revue systématique : sensibilité de la radiographie de 12 à 56 % selon les études.
Les fractures des sites à risque exposent davantage à une aggravation, à un retard ou à une absence de consolidation, et se traitent à part.
Souvent sans appui, avec un retour au sport plus lent.
Quand consulter sans attendre
Une suspicion de fracture de fatigue est en soi un motif de consultation rapide.
Une douleur osseuse ponctuelle, qui persiste à la marche ou au repos.
Une douleur d’aine ou de hanche à l’appui chez un coureur : le col fémoral impose un avis urgent.
Une douleur lombo-fessière profonde à l’appui monopodal.
Une douleur nocturne qui empêche de dormir.
Des antécédents de fractures de fatigue répétées ou une aménorrhée.
Questions fréquentes
Ce qu’on nous demande en consultation
Combien de temps d’arrêt des impacts ?
Au cabinet, on compte six à huit semaines en moyenne pour un site à faible risque, davantage pour un site à risque comme le col du fémur. La reprise se valide cliniquement.
Une radio suffit-elle ?
Souvent non : elle est normale les premières semaines. L’IRM est l’examen de référence en cas de suspicion.
Puis-je continuer le vélo ou la natation ?
Oui dans la plupart des cas, tant qu’il n’y a pas de douleur. C’est ce qu’on conseille au cabinet pour garder la condition.
Pourquoi j’en fais plusieurs ?
Cela oriente vers un déficit énergétique, un problème hormonal ou une densité osseuse basse. Un bilan complet s’impose.
Relu par Jean-Baptiste Colombié, kinésithérapeute du sport, pour la reprise progressive des impacts.
Dernière mise à jour : 28 août 2026 · prochaine revue : février 2027.
Cette page a une visée d’information. Elle ne remplace pas une consultation.
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