Un genou entier à reconstruire
La rupture du ligament croisé antérieur survient le plus souvent sans contact1, sur un changement de direction ou une réception. Le genou part en dedans, le ligament cède. Craquement, gonflement rapide, sensation d’instabilité : le tableau est souvent typique.
L’opération n’est pas systématique2. Elle se discute selon le sport pratiqué, l’âge, les lésions associées et l’instabilité ressentie au quotidien. Avec ou sans chirurgie, c’est la rééducation qui fait le résultat.
Retrouver la force, le contrôle du genou et la confiance prend des mois. Les tests de retour au sport mesurent ces trois points, et un échec à ces tests s’accompagne de plus de nouvelles blessures, nettement chez Kyritsis3 et avec une simple tendance chez Grindem4.
Quatre repères balisent la rééducation :
Les quatre étapes de la rééducation
Avec ou sans opération, le chemin suit la même logique : récupérer un genou calme, puis fort, puis explosif, puis fiable.
Étape 1 : avant l’opération. Faire dégonfler le genou, retrouver l’extension complète et un quadriceps qui répond. Quand le quadriceps garde plus de 20 % de déficit avant l’intervention, il reste plus faible deux ans après, et le genou fonctionne moins bien6.
Étape 2 : la phase précoce. Mobilité, réveil du quadriceps, marche normale sans boiterie. Le BFR (travail avec restriction du flux sanguin) permet de gagner de la force avec des charges légères7.
Étape 3 : la phase de force. Musculation lourde, une jambe après l’autre, sur plusieurs mois. C’est la phase la plus longue, et celle qu’on voit le plus souvent écourtée.
Étape 4 : la réathlétisation. Pliométrie, changements de direction, gestes du sport, puis tests de retour au terrain.
Sur quoi on autorise la reprise
Le retour au sport de pivot se décide sur des critères mesurés et un délai minimal, jamais sur une date isolée4.
Critère 1 : la force. Quadriceps à plus de 90 % du côté sain, mesuré au dynamomètre4, et ischio-jambiers comparés au quadriceps : chez des athlètes professionnels, un rapport ischio-jambiers/quadriceps diminué allait avec plus de ruptures du greffon3. Au cabinet, c’est le critère qui manque le plus souvent au moment où la personne se sent prête.
Critère 2 : les sauts. Batterie de hop tests (saut simple, triple, saut latéral), avec une symétrie et une qualité d’amorti comparables des deux côtés. Quand ils sont anormaux, ces tests confirment un déficit de fonction du genou, mais ils en laissent passer une partie8.
Critère 3 : la confiance. Questionnaire de confiance et d’appréhension, l’ACL-RSI5. Jusqu’à 20 ans, un score qui progresse peu dans l’année qui suit l’opération est associé à une nouvelle blessure du LCA, d’un genou ou de l’autre9. La décision finale se prend ensemble, avec la personne, son chirurgien et son encadrement sportif10.
Le testing complet se fait au cabinet : voir le testing de force et l’entraînement BFR pour les phases précoces.
Sur quoi repose cette prise en charge
Grindem et al., 2016, cohorte Delaware-Oslo. Chez 106 personnes opérées qui pratiquaient un sport de pivot, chaque mois de délai avant la reprise réduisait de 51 % le taux de nouvelle blessure du genou, jusqu’à neuf mois ; au-delà, le risque ne baissait plus. Une force du quadriceps plus symétrique réduisait aussi ce taux4.
Kyritsis et al., 2016, cohorte Aspetar. Sur 158 athlètes professionnels masculins, ne pas remplir les six critères de sortie (force, course, sauts) avant la reprise multipliait par quatre le risque de rupture du greffon3.
Frobell et al., 2010, essai randomisé. Chez 121 jeunes adultes actifs, une reconstruction précoce n’a pas donné de meilleur résultat à deux ans qu’une rééducation avec chirurgie différée en cas de besoin. Dans ce second groupe, 36 personnes sur 59 n’ont pas été opérées2.
Quand reconsulter rapidement
Pendant la rééducation, ces signes justifient un avis sans attendre la séance suivante :
- Un genou qui regonfle brutalement après une séance ou une reprise.
- Une sensation de dérobement ou de blocage articulaire.
- Une perte d’extension complète qui s’installe.
- Une douleur nocturne, une fièvre ou une rougeur autour des cicatrices.
- Un mollet douloureux et gonflé, qui doit faire écarter une phlébite.
Une reprise après LCA à sécuriser ?
Testing complet et décision partagée au cabinet Mugitu, 3 avenue Kléber à Biarritz.
Questions fréquentes
Faut-il forcément se faire opérer ?
Non. Une partie des personnes retrouvent un genou stable sans chirurgie : dans un essai, 36 sur 59 n’ont pas été opérées2. Au cabinet, c’est plus fréquent hors sports de pivot. La décision se prend au cas par cas, après une phase de rééducation.
Quand puis-je recourir en ligne droite ?
En général autour du troisième ou du quatrième mois, si le genou est calme, l’extension complète et le quadriceps suffisant11.
Pourquoi neuf mois minimum ?
Parce que le risque de nouvelle blessure du genou baisse nettement jusqu’à neuf mois4, et qu’au cabinet, la force met souvent ce temps à revenir.
Le BFR sert-il à quelque chose ?
Oui, en phase précoce : il permet de gagner de la force avec des charges légères7, quand le genou ne supporte pas encore les charges lourdes.
Sources
- Boden BP, Sheehan FT, Torg JS, et al. Noncontact anterior cruciate ligament injuries: mechanisms and risk factors. J Am Acad Orthop Surg. 2010. doi:10.5435/00124635-201009000-00003 (PMID 20810933)
- Frobell RB, Roos EM, Roos HP, et al. A randomized trial of treatment for acute anterior cruciate ligament tears. N Engl J Med. 2010. doi:10.1056/NEJMoa0907797 (PMID 20660401)
- Kyritsis P, Bahr R, Landreau P, et al. Likelihood of ACL graft rupture: not meeting six clinical discharge criteria before return to sport is associated with a four times greater risk of rupture. Br J Sports Med. 2016. doi:10.1136/bjsports-2015-095908 (PMID 27215935)
- Grindem H, Snyder-Mackler L, Moksnes H, et al. Simple decision rules can reduce reinjury risk by 84% after ACL reconstruction: the Delaware-Oslo ACL cohort study. Br J Sports Med. 2016. doi:10.1136/bjsports-2016-096031 (PMID 27162233)
- Webster KE, Feller JA, Lambros C Development and preliminary validation of a scale to measure the psychological impact of returning to sport following anterior cruciate ligament reconstruction surgery. Phys Ther Sport. 2008. doi:10.1016/j.ptsp.2007.09.003 (PMID 19083699)
- Eitzen I, Holm I, Risberg MA Preoperative quadriceps strength is a significant predictor of knee function two years after anterior cruciate ligament reconstruction. Br J Sports Med. 2009. doi:10.1136/bjsm.2008.057059 (PMID 19224907)
- Hughes L, Paton B, Rosenblatt B, et al. Blood flow restriction training in clinical musculoskeletal rehabilitation: a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2017. doi:10.1136/bjsports-2016-097071 (PMID 28259850)
- Noyes FR, Barber SD, Mangine RE Abnormal lower limb symmetry determined by function hop tests after anterior cruciate ligament rupture. Am J Sports Med. 1991. doi:10.1177/036354659101900518 (PMID 1962720)
- McPherson AL, Feller JA, Hewett TE, et al. Smaller Change in Psychological Readiness to Return to Sport Is Associated With Second Anterior Cruciate Ligament Injury Among Younger Patients. Am J Sports Med. 2019. doi:10.1177/0363546519825499 (PMID 30786247)
- Ardern CL, Glasgow P, Schneiders A, et al. 2016 Consensus statement on return to sport from the First World Congress in Sports Physical Therapy, Bern. Br J Sports Med. 2016. doi:10.1136/bjsports-2016-096278 (PMID 27226389)
- Rambaud AJM, Ardern CL, Thoreux P, et al. Criteria for return to running after anterior cruciate ligament reconstruction: a scoping review. Br J Sports Med. 2018. doi:10.1136/bjsports-2017-098602 (PMID 29720478)
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