Comprendre
Une douleur liée à la charge
Le syndrome fémoro-patellaire désigne une douleur à l’avant du genou, autour ou sous la rotule, sans lésion visible. On l’a longtemps attribué à un « mauvais alignement » de la rotule, mais l’angle Q, qui mesure cet alignement, ne prédit pas son apparition. On le comprend aujourd’hui comme un déséquilibre entre ce qu’on demande à l’articulation et ce qu’elle sait encaisser.
Ce qu’on retrouve le plus souvent au cabinet : une hausse rapide du volume ou du dénivelé négatif, un quadriceps et des fessiers sous-développés par rapport à la charge, une cadence de course basse, ou une reprise après plusieurs semaines d’arrêt.
Cette douleur n’abîme pas l’articulation : cinq à huit ans après le diagnostic, presque aucune des personnes suivies n’avait d’arthrose à la radio. Elle peut en revanche durer : plus de la moitié des personnes revues décrivaient une récupération incomplète.
Les signes qui parlent
Une douleur en descente d’escalier ou de sentier, plus qu’en montée.
Le « signe du cinéma » : gêne après une longue position assise, genou plié.
Une douleur diffuse, difficile à montrer du doigt, autour de la rotule.
Des craquements ou des sensations d’accrochage, souvent sans gravité.
Au cabinet
Comment on pose le diagnostic
Le diagnostic est clinique. L’imagerie n’a d’intérêt qu’en cas de blocage, de gonflement important ou de traumatisme.
L’histoire de la charge
Kilométrage, dénivelé, changement de terrain ou de chaussures, reprise. La cause est presque toujours là.
L’examen du genou
Localisation de la douleur, mobilité, tests de compression fémoro-patellaire, recherche d’un épanchement.
Le contrôle en charge
Squat unipodal, descente de marche : on regarde le genou rentrer en dedans et le bassin s’affaisser.
Une mesure de départ
Force du quadriceps et des abducteurs au dynamomètre, échelle de douleur. Le chiffre initial sert de référence.
Le traitement
Renforcer la hanche autant que le genou
Le traitement de référence associe renforcement du quadriceps, travail des fessiers et ajustement de la charge d’entraînement. Au cabinet, la rééducation dure en général six à douze semaines.
Phase 1 · 1 à 3 semaines
Faire baisser l’irritabilité
On réduit ce qui provoque la douleur — descentes, escaliers, longues sorties — sans arrêter l’activité. Le travail isométrique du quadriceps est souvent bien toléré.
Phase 2 · 3 à 10 semaines
Reconstruire la force
Renforcement progressif du quadriceps sur amplitude tolérée, puis travail des abducteurs et rotateurs de hanche. Deux à trois séances par semaine, avec une charge qui augmente tant que la douleur du lendemain reste stable.
Phase 3 · dès 6 semaines
Revenir à la course
Reprise sur terrain plat, allure facile, volume rendu progressivement. Une cadence légèrement plus élevée réduit la charge au genou et facilite souvent la reprise. Le dénivelé négatif revient en dernier.
Une analyse de foulée aide à identifier ce qui a déclenché la blessure : voir La Clinique du Coureur®. Des semelles peuvent soulager transitoirement — voir la podologie du sport.
Ce que dit la science
Sur quoi repose cette prise en charge
Associer le renforcement de la hanche à celui du quadriceps diminue la douleur et améliore la fonction à court terme.
Méta-analyse de 14 études ; à un an, les preuves restent limitées.
L’âge, la taille, le poids et l’angle Q ne prédisent pas l’apparition d’un syndrome rotulien.
18 études prospectives, 4 818 personnes. Chez les recrues militaires, un quadriceps faible en est un facteur de risque.
Chez 45 personnes en bonne santé pratiquant la course de loisir, augmenter la cadence de 5 à 10 % réduit l’énergie absorbée par le genou à chaque appui.
Heiderscheit et al.
Quand consulter sans attendre
Ces signes évoquent autre chose qu’un syndrome rotulien.
Un genou qui gonfle rapidement après un traumatisme ou une torsion.
Un blocage du genou, ou une sensation qu’il se dérobe.
Une douleur nocturne permanente, une fièvre ou une rougeur chaude.
Une douleur très localisée sur l’os, qui empire à chaque appui.
Questions fréquentes
Ce qu’on nous demande en consultation
Puis-je continuer à courir ?
Le plus souvent oui, en réduisant le volume, en évitant les descentes et en restant sous un seuil de douleur acceptable qui disparaît dans les 24 heures.
Faut-il une radio ou une IRM ?
Pas en première intention. L’imagerie ne montre généralement rien et n’oriente pas le traitement, sauf traumatisme ou blocage.
Combien de temps pour aller mieux ?
Six à douze semaines dans la majorité des cas, avec un renforcement régulier. Les formes anciennes demandent plus de patience.
Le vélo est-il autorisé ?
Souvent oui, en réglant la selle un peu haute et en évitant les gros braquets et les montées longues au début.
Relu par le Dr Basile Carcassonne, médecin du sport, pour la partie diagnostic différentiel.
Dernière mise à jour : 28 août 2026 · prochaine revue : février 2027.
Cette page a une visée d’information. Elle ne remplace pas une consultation.
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