Une surcharge du bord interne du tibia
Le syndrome de stress tibial médial, appelé périostite, correspond à une souffrance du bord interne du tibia sous l’effet des impacts répétés. La douleur est diffuse, s’étend sur plusieurs centimètres, et apparaît d’abord en début de sortie avant de s’atténuer à l’échauffement.
Elle survient le plus souvent dans un contexte de charge : reprise après coupure, passage sur route dure, kilométrage augmenté trop vite, changement de chaussures. Les méta-analyses retiennent comme facteurs de risque un poids ou un indice de masse corporelle plus élevé, un affaissement de l’arche du pied, une amplitude de flexion plantaire de cheville et une rotation externe de hanche plus grandes, le fait d’être une femme et un antécédent de blessure en course1,2.
Il faut la distinguer de la fracture de fatigue. Une douleur qui devient très localisée, présente au repos et à la marche, doit faire changer de diagnostic et d’attitude.
Les signes qui parlent :
- Une douleur étalée sur plusieurs centimètres du bord interne du tibia.
- Elle s’atténue après l’échauffement, puis revient après l’effort.
- Un lien net avec une hausse récente du volume ou du dénivelé.
- À l’inverse, un point exquis d’un centimètre doit faire penser à une fracture de fatigue.
Distinguer la périostite de la fracture de fatigue
La distinction se fait d’abord à l’examen. En cas de doute, l’imagerie tranche, car la conduite à tenir n’est pas la même.
La cartographie de la douleur. Étendue et localisation précise à la palpation : une douleur diffuse oriente vers la périostite, une douleur ponctuelle vers l’os.
L’histoire d’entraînement. Volume des six dernières semaines, surface, chaussures, dénivelé, reprise après arrêt.
Les facteurs associés. Force du mollet, mobilité de cheville, cadence de course, statique du pied, statut nutritionnel.
L’imagerie en cas de doute. IRM si l’on suspecte une fracture de fatigue : la radiographie est souvent normale au début3.
Le traitement en trois phases
Aucun traitement n’a fait la preuve de sa supériorité4. Au cabinet, la prise en charge tient en deux volets : baisser pour un temps la charge d’impact, et augmenter la capacité de la jambe à l’encaisser.
Phase 1 (une à trois semaines) : baisser l’impact. Réduction du volume de course, bascule partielle sur le vélo ou la natation, surfaces plus souples. On garde de l’activité, en évitant les impacts qui réveillent la douleur.
Phase 2 (trois à huit semaines) : construire la jambe. Renforcement du triceps et des muscles du pied, travail en charge progressive, puis sauts légers. C’est une pratique courante, sans preuve d’un bénéfice propre : dans un essai randomisé, ajouter des exercices du mollet à un programme de course progressif n’a pas raccourci le délai de reprise5. On augmente aussi la cadence de quelques pas par minute. Chez des personnes non blessées, augmenter la cadence de 5 % réduit déjà l’énergie absorbée par le genou, et de 10 % celle de la hanche6.
Phase 3 (dès six semaines) : remonter le kilométrage. Progression du volume par paliers modestes, une variable à la fois. Le dénivelé et les surfaces dures reviennent en dernier.
L’analyse de foulée de La Clinique du Coureur® aide à réduire l’impact sur la durée. Quand une périostite récidive chez une femme qui court, on ajoute un bilan nutritionnel et hormonal, car un déficit d’énergie et des règles irrégulières fragilisent l’os7.
Sur quoi repose cette prise en charge
Hamstra-Wright et al., 2015 ; Reinking et al., 2017. Ces deux méta-analyses retiennent l’indice de masse corporelle ou le poids, la chute du naviculaire, l’amplitude de flexion plantaire de cheville et la rotation externe de hanche ; la seconde ajoute le sexe féminin et un antécédent de blessure en course1,2.
Winters et al., 2013. Cette revue de onze essais ne trouve aucun traitement assez bien étudié pour être recommandé. Les ondes de choc paraissent les plus prometteuses4.
Moen et al., 2012. 74 personnes ont suivi un programme de course progressif, seul, avec des étirements et du renforcement du mollet, ou avec un bas de compression. Le délai pour terminer le programme était le même dans les trois groupes5.
Heiderscheit et al., 2011. Chez 45 personnes courant en loisir, augmenter la cadence de 5 % réduit l’énergie absorbée par le genou ; à 10 %, la hanche est aussi moins sollicitée6.
Quand consulter sans attendre
Ces signes évoquent une fracture de fatigue plutôt qu’une périostite.
- Une douleur très localisée, sur moins de deux centimètres, exquise à la pression.
- Une douleur présente à la marche, voire au repos et la nuit.
- Une douleur qui apparaît de plus en plus tôt dans la sortie, séance après séance.
- Un gonflement local ou une chaleur sur le tibia.
- Des règles absentes ou irrégulières chez une femme qui court7.
Bilan des tibias au cabinet
Bilan et plan de charge au cabinet Mugitu, 3 avenue Kléber à Biarritz.
Questions fréquentes
Dois-je arrêter complètement de courir ?
Rarement. On réduit fortement le volume et l’impact au lieu d’arrêter, sauf si la douleur persiste à la marche.
Combien de temps ça dure ?
Le délai varie beaucoup : quelques semaines dans les formes récentes, plus longtemps si la douleur traîne depuis des mois. Dans un essai, près d’une personne sur cinq n’avait pas terminé le programme de reprise de course, faute de progrès5.
Les semelles règlent-elles le problème ?
Elles peuvent aider sur certains pieds, mais la gestion de la charge et le renforcement restent le traitement principal.
Comment éviter la récidive ?
En progressant lentement, une variable à la fois, et en gardant un renforcement du mollet toute l’année.
Sources
- Hamstra-Wright KL, Bliven KC, Bay C. Risk factors for medial tibial stress syndrome in physically active individuals such as runners and military personnel: a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2015. doi:10.1136/bjsports-2014-093462 (PMID 25185588)
- Reinking MF, Austin TM, Richter RR, et al. Medial Tibial Stress Syndrome in Active Individuals: A Systematic Review and Meta-analysis of Risk Factors. Sports Health. 2017. doi:10.1177/1941738116673299 (PMID 27729482)
- Wright AA, Hegedus EJ, Lenchik L, et al. Diagnostic Accuracy of Various Imaging Modalities for Suspected Lower Extremity Stress Fractures: A Systematic Review With Evidence-Based Recommendations for Clinical Practice. Am J Sports Med. 2016. doi:10.1177/0363546515574066 (PMID 25805712)
- Winters M, Eskes M, Weir A, et al. Treatment of medial tibial stress syndrome: a systematic review. Sports Med. 2013. doi:10.1007/s40279-013-0087-0 (PMID 23979968)
- Moen MH, Holtslag L, Bakker E, et al. The treatment of medial tibial stress syndrome in athletes; a randomized clinical trial. Sports Med Arthrosc Rehabil Ther Technol. 2012. doi:10.1186/1758-2555-4-12 (PMID 22464032)
- Heiderscheit BC, Chumanov ES, Michalski MP, et al. Effects of step rate manipulation on joint mechanics during running. Med Sci Sports Exerc. 2011. doi:10.1249/MSS.0b013e3181ebedf4 (PMID 20581720)
- Mountjoy M, Ackerman KE, Bailey DM, et al. 2023 International Olympic Committee's (IOC) consensus statement on Relative Energy Deficiency in Sport (REDs). Br J Sports Med. 2023. doi:10.1136/bjsports-2023-106994 (PMID 37752011)
Une question sur votre situation ?
Un article ne remplace pas un examen. L'équipe vous reçoit 3 avenue Kléber à Biarritz.
Prendre rendez-vous ↗













