Un corps construit d’un seul côté
La pelote impose des impacts répétés sur une seule main, des rotations violentes du tronc et des appuis latéraux explosifs contre le mur. Le corps se développe de façon asymétrique, et au cabinet, c’est cette asymétrie qu’on retrouve derrière beaucoup de douleurs.
Selon la spécialité (main nue, pala, chistera, grand gant), les contraintes changent. La main nue expose aux traumatismes directs et aux douleurs osseuses de la paume. Chez 40 pelotaris de main nue, une étude a retrouvé une déviation acquise de la dernière phalange de l’auriculaire, sans gêne fonctionnelle1. Avec un instrument, la charge se déplace plutôt vers le coude et l’épaule.
Le calendrier de compétition et les entraînements en trinquet, souvent le soir après le travail, laissent peu de place à la récupération et au renforcement compensatoire.
Ce qu’on regarde d’abord :
- L’état de la main : œdème, douleurs osseuses, sensibilité de la paume.
- L’écart de mobilité et de force entre les deux épaules.
- La rotation du tronc et la mobilité de hanche du côté d’appui.
- Le volume de parties et le temps de récupération entre elles.
Les blessures typiques de la pelote
Quatre motifs reviennent régulièrement chez les personnes que nous suivons.
Main et poignet. Contusions répétées, douleurs osseuses, atteintes des tendons du poignet, surtout en main nue.
Épaule dominante. Tendinopathie de la coiffe et déficit de rotation, liés au geste répété à haute vitesse.
Coude. Épicondylite et douleurs d’insertion, plus fréquentes avec la pala et les instruments.
Rachis et hanche. Lombalgies de rotation et douleurs de hanche du côté d’appui, souvent négligées.
Compenser l’asymétrie
L’asymétrie fait partie du sport. L’objectif est d’éviter qu’elle devienne un déficit.
Bilan initial : mesurer les écarts. Force et mobilité comparées des deux côtés, état de la main, testing de rotation d’épaule et de hanche. On chiffre ce qui reste d’habitude une impression. Les seuils d’asymétrie « anormale » souvent cités, de 10 à 15 %, reposent sur peu de preuves : on interprète donc les écarts au cas par cas2.
Programme d’entretien : renforcer le côté faible. Travail du côté non dominant, renforcement de la coiffe et des rotateurs, mobilité thoracique et de hanche. Au cabinet, deux séances courtes par semaine suffisent le plus souvent.
Pendant la saison : protéger la main. Soin des mains, adaptation du volume de parties, ostéopathie et thérapie manuelle entre les échéances, prise en charge des douleurs avant qu’elles n’imposent un arrêt.
Voir l’épicondylite et le testing de force pour chiffrer les asymétries.
Une littérature encore mince
La pelote basque reste très peu étudiée. Parmi les rares travaux médicaux publiés, l’un porte sur la main en pelote à main nue1. Les recommandations s’appuient donc sur les sports de raquette et de lancer.
Dans les sports de lancer, un déficit de rotation interne de l’épaule dominante pourrait être associé à davantage de blessures de l’épaule et du coude. La méta-analyse va dans ce sens, sans atteindre la significativité statistique3.
Dans 45 équipes de handball d’élite, un programme d’échauffement travaillant la rotation et la force de l’épaule a réduit de 28 % le risque de problèmes d’épaule sur une saison4.
Ce qui est dit ici de la pelote elle-même vient surtout de l’expérience du cabinet.
Quand consulter rapidement
En pelote, certaines douleurs de main ne doivent pas attendre :
- Une douleur osseuse persistante de la paume ou d’un doigt après un impact.
- Un doigt déformé, bloqué, ou impossible à plier.
- Une perte de sensibilité ou des fourmillements dans la main.
- Une épaule bloquée après une chute contre le mur.
- Une main qui reste gonflée et chaude plusieurs jours.
Vous jouez à la pelote au Pays basque ?
Bilan d’asymétries et suivi de saison au cabinet Mugitu, 3 avenue Kléber à Biarritz.
Questions fréquentes
Les douleurs de main sont-elles inévitables ?
Une part de contrainte vient avec le jeu. Une douleur osseuse qui persiste plusieurs jours n’est pas normale et doit être examinée.
Faut-il travailler le côté non dominant ?
Oui, en entretien, pour éviter que l’écart de force devienne une source de blessure. Personne ne vous demande de jouer des deux mains.
Combien de temps d’arrêt après une épicondylite ?
On adapte le jeu sans forcément l’arrêter, avec un renforcement progressif sur trois à six mois. L’évolution est le plus souvent favorable : dans un essai, à un an, la plupart des personnes allaient mieux, qu’elles aient suivi de la kinésithérapie ou simplement attendu5.
Suivez-vous la compétition ?
Oui, avec un suivi adapté au calendrier des parties et aux échéances importantes.
Sources
- Barriga-Martín A, Romero-Muñoz LM, Aquerreta-Beola D, et al. Post-Traumatic Clinodactyly of the Little Finger in Basque Hand-Pelota Players. Rev Esp Cir Ortop Traumatol (Engl Ed). 2020. doi:10.1016/j.recot.2020.01.001 (PMID 32107140)
- Parkinson AO, Apps CL, Morris JG, et al. The Calculation, Thresholds and Reporting of Inter-Limb Strength Asymmetry: A Systematic Review. J Sports Sci Med. 2021. doi:10.52082/jssm.2021.594 (PMID 35321131)
- Keller RA, De Giacomo AF, Neumann JA, et al. Glenohumeral Internal Rotation Deficit and Risk of Upper Extremity Injury in Overhead Athletes: A Meta-Analysis and Systematic Review. Sports Health. 2018. doi:10.1177/1941738118756577 (PMID 29381423)
- Andersson SH, Bahr R, Clarsen B, et al. Preventing overuse shoulder injuries among throwing athletes: a cluster-randomised controlled trial in 660 elite handball players. Br J Sports Med. 2017. doi:10.1136/bjsports-2016-096226 (PMID 27313171)
- Bisset L, Beller E, Jull G, et al. Mobilisation with movement and exercise, corticosteroid injection, or wait and see for tennis elbow: randomised trial. BMJ. 2006. doi:10.1136/bmj.38961.584653.AE (PMID 17012266)
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