Un dos douloureux, le plus souvent sans lésion
La grande majorité des lombalgies sont dites communes : on ne peut pas en identifier la cause précise1,2. Seule une petite partie relève d’une fracture, d’une infection ou d’une tumeur1. En sport, on retrouve souvent au cabinet un pic de charge, un manque de sommeil, une période de stress ou un retour d’entraînement trop rapide dans les semaines qui précèdent.
L’imagerie trompe souvent. Discopathies et bombements discaux sont fréquents chez des personnes qui n’ont jamais mal : une discopathie chez 37 % des personnes sans douleur à 20 ans, chez 96 % à 80 ans3. La HAS recommande d’expliquer et de dédramatiser les termes des comptes rendus d’imagerie4, car un compte rendu inquiétant peut entretenir la peur de bouger.
Le pronostic est bon. La douleur diminue nettement dans les six premières semaines5, et la HAS parle d’une évolution généralement favorable en quelques semaines4. Les récidives sont fréquentes1 : la reprise se prépare.
À la première consultation, on regarde :
- Ce qui a changé dans les trois semaines : volume, charge, sommeil, stress.
- Les mouvements qui soulagent et ceux qui aggravent.
- La présence ou non d’une douleur irradiant dans la jambe.
- Les signaux d’alerte, rares mais à écarter à chaque fois.
Écarter les causes graves, puis remettre en mouvement
L’objectif de la consultation est d’écarter les rares causes graves, puis de rassurer et de remettre en mouvement.
L’entretien. Histoire de la douleur, charge d’entraînement, antécédents, retentissement sur le sommeil et l’humeur.
L’examen clinique. Mobilité du rachis, testing neurologique si douleur dans la jambe, palpation, tests de contrôle du tronc.
Les signaux d’alerte. Traumatisme, fièvre, perte de poids, trouble sphinctérien, déficit moteur : c’est ce qui déclencherait une imagerie4.
Pas d’imagerie systématique. En l’absence de signal d’alerte, une radio ou une IRM faite d’emblée n’améliore ni la douleur ni la fonction6. La HAS ne la recommande pas lors d’une poussée aiguë ; elle propose une IRM quand la douleur dure plus de trois mois4.
Reprendre, charger, renforcer
Pour la HAS, l’exercice physique est le traitement principal de la lombalgie commune4. On cherche d’abord à rester actif et à reprendre confiance dans les mouvements, puis on renforce le tronc et les hanches. Dans la lombalgie chronique, l’exercice réduit la douleur par rapport à l’absence de traitement, avec un effet plus faible sur l’incapacité7.
Phase 1 (quelques jours) : passer le cap douloureux. On garde une activité adaptée, sans rester au lit : le repos fait partie des pratiques encore trop utilisées selon les experts8. Thérapie manuelle et mobilisations peuvent soulager à court terme ; la HAS les réserve à une prise en charge qui comprend des exercices4.
Phase 2 (deux à huit semaines) : réexposer au mouvement. On revient sur les mouvements évités (flexion, rotation, port de charge) par doses progressives. Le renforcement du tronc, des fessiers et des ischio-jambiers reprend en parallèle.
Phase 3 (dès six semaines) : remonter la charge sportive. Retour aux gestes du sport, puis à l’intensité. On planifie la progression semaine par semaine, avec une marge : au cabinet, la rechute suit le plus souvent une reprise trop rapide.
Le sommeil, le stress et la charge globale pèsent sur une lombalgie qui traîne, et la détresse psychologique augmente le risque que la douleur persiste1. Un accompagnement psychologique a sa place dans les formes persistantes.
Sur quoi repose cette prise en charge
La série du Lancet (2018). Pour presque toutes les personnes, aucune cause précise de la douleur n’est identifiable1. Le second article relève un recours trop fréquent à l’imagerie, au repos, aux opioïdes et à la chirurgie, et recommande de privilégier l’activité et la reprise des activités normales8.
La revue Cochrane sur l’exercice (2021). Sur 249 essais, l’exercice réduit la douleur de la lombalgie chronique par rapport à l’absence de traitement, aux soins habituels ou à un placebo. L’effet sur l’incapacité est plus modeste7.
L’imagerie chez des personnes sans douleur (2015). Dans 33 études, discopathies et bombements discaux sont très fréquents sans aucune douleur, et de plus en plus avec l’âge3.
Imagerie immédiate ou non (Lancet, 2009). Six essais, 1 804 personnes : sans signe de gravité, une imagerie faite d’emblée n’améliore pas l’évolution6.
La fiche de la HAS (2019). Exercice physique comme traitement principal, pas d’imagerie lors d’une poussée aiguë sans drapeau rouge, techniques manuelles seulement associées à un programme d’exercices4.
Quand consulter sans attendre
Ces signes, rares, sortent du cadre de la lombalgie commune ; ils figurent parmi les drapeaux rouges de la HAS4.
- Un traumatisme violent, une chute de hauteur.
- Une perte de force dans une jambe, ou une insensibilité qui s’étend.
- Des troubles urinaires ou une anesthésie de la région périnéale.
- De la fièvre, une perte de poids inexpliquée, un antécédent de cancer.
- Une douleur nocturne permanente que rien ne soulage.
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Questions fréquentes
Faut-il arrêter le sport ?
Presque jamais complètement. On adapte l’intensité et les mouvements qui piquent, en gardant une activité quotidienne : l’activité physique reste le traitement principal4.
Une IRM va-t-elle m’aider ?
Au début, en l’absence de signal d’alerte, non : une imagerie faite d’emblée n’améliore pas l’évolution6. Elle montre souvent des images normales pour l’âge, sans lien avec la douleur3. Si la douleur dure plus de trois mois, la HAS recommande une IRM4.
Est-ce que je peux soulever des poids ?
Oui, c’est même un objectif. On repart de charges légères avec une technique maîtrisée, puis on remonte.
Ma hernie discale va-t-elle disparaître ?
Souvent, oui. Une hernie peut régresser d’elle-même, surtout les plus marquées : on observe une régression dans 70 % des hernies extrusives et 96 % des hernies exclues, contre 13 % des simples bombements9.
Sources
- Hartvigsen J, Hancock MJ, Kongsted A, et al. What low back pain is and why we need to pay attention. Lancet. 2018. doi:10.1016/S0140-6736(18)30480-X (PMID 29573870)
- Maher C, Underwood M, Buchbinder R. Non-specific low back pain. Lancet. 2017. doi:10.1016/S0140-6736(16)30970-9 (PMID 27745712)
- Brinjikji W, Luetmer PH, Comstock B, et al. Systematic literature review of imaging features of spinal degeneration in asymptomatic populations. AJNR Am J Neuroradiol. 2015. doi:10.3174/ajnr.A4173 (PMID 25430861)
- Haute Autorité de santé Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune. Fiche mémo. HAS. 2019. Lire la source
- da C Menezes Costa L, Maher CG, Hancock MJ, et al. The prognosis of acute and persistent low-back pain: a meta-analysis. CMAJ. 2012. doi:10.1503/cmaj.111271 (PMID 22586331)
- Chou R, Fu R, Carrino JA, et al. Imaging strategies for low-back pain: systematic review and meta-analysis. Lancet. 2009. doi:10.1016/S0140-6736(09)60172-0 (PMID 19200918)
- Hayden JA, Ellis J, Ogilvie R, et al. Exercise therapy for chronic low back pain. Cochrane Database Syst Rev. 2021. doi:10.1002/14651858.CD009790.pub2 (PMID 34580864)
- Foster NE, Anema JR, Cherkin D, et al. Prevention and treatment of low back pain: evidence, challenges, and promising directions. Lancet. 2018. doi:10.1016/S0140-6736(18)30489-6 (PMID 29573872)
- Chiu CC, Chuang TY, Chang KH, et al. The probability of spontaneous regression of lumbar herniated disc: a systematic review. Clin Rehabil. 2015. doi:10.1177/0269215514540919 (PMID 25009200)
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