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Pathologie · épaule

Épaule du surfeur : tendinopathie de la coiffe et retour à l’eau

La rame représente la moitié du temps passé sur une planche, et l’épaule est la région la plus touchée par les blessures aiguës en surf.

Ce sujet a sa page complète sur le site : Épaule du surfeur à Biarritz

Lucas Bengoechea

Ostéopathe du sport

24 juil. 2026
6 min de lecture

50 %1

du temps passé sur une planche est consacré à ramer, moins de 5 % à surfer la vague

6 à 12

semaines de renforcement dans la plupart des cas suivis au cabinet

Une épaule qui rame plus qu’elle ne peut

En surf, la rame occupe environ la moitié du temps passé à l’eau, l’attente immobile presque tout le reste, et la glisse moins de 5 %1,2. L’épaule enchaîne des milliers de cycles bras au-dessus de la tête, souvent après un hiver sans renforcement. La coiffe des rotateurs finit par ne plus suivre. L’enquête australienne de Furness situe 16 % des blessures aiguës à l’épaule, plus que toute autre région3.

Le terme « conflit sous-acromial » a longtemps servi à tout expliquer. On parle aujourd’hui de douleur d’épaule liée à la coiffe, un problème de capacité et de charge. Retirer l’os qui « frotte » n’apporte pas plus qu’une opération placebo4,5 : on renforce.

S’ajoutent des facteurs propres au surf. La rame sollicite surtout les rotateurs internes, et l’épaule douloureuse du surf se caractérise par une perte de force et d’amplitude en rotation externe ; une extension thoracique limitée pourrait y contribuer6. Les périodes de forte densité de sessions, quand la houle est là, font le reste.

Les signes les plus fréquents :

  • Une douleur qui apparaît en fin de session, puis de plus en plus tôt.
  • Une gêne bras au-dessus de la tête, ou pour attraper quelque chose en hauteur.
  • Une douleur pour dormir sur le côté atteint.
  • Une perte de force en rotation externe, souvent silencieuse.

Comment on pose le diagnostic

L’examen clinique suffit dans la plupart des cas. On cherche surtout à distinguer une tendinopathie d’une rupture ou d’une instabilité.

L’histoire des sessions. Fréquence, durée, houle des dernières semaines, matériel, travail à côté, sommeil.

L’examen de l’épaule. Amplitudes actives et passives, tests de la coiffe, recherche d’une instabilité ou d’une atteinte du long biceps.

La mobilité en amont. Rachis thoracique, omoplate, hanche : une épaule douloureuse peut compenser une raideur plus bas.

La force chiffrée. Rotation externe et interne au dynamomètre, ratio entre les deux épaules. C’est la référence du suivi.

Renforcer la coiffe, réorganiser les sessions

Le renforcement progressif est le traitement de référence. La chirurgie de décompression n’apporte pas de bénéfice cliniquement important face à une chirurgie placebo ni face aux exercices5 ; elle ne concerne qu’une minorité de situations, après un traitement conservateur bien mené.

Phase 1 (une à trois semaines) : calmer sans sortir de l’eau. On réduit le volume de rame : sessions plus courtes, spots moins engagés, éventuellement une planche plus volumineuse. Isométries de rotation externe et travail de mobilité thoracique.

Phase 2 (trois à dix semaines) : construire la capacité. Renforcement de la coiffe et des stabilisateurs de l’omoplate, deux à trois fois par semaine, avec une charge qui progresse. On ajoute le tirage et le gainage antérieur, très sollicités à la rame.

Phase 3 (dès huit semaines) : retour aux sessions longues. Remontée progressive du temps de rame et de la densité de sessions. On garde deux séances de renforcement par semaine en entretien pendant la saison de houle.

Une épaule qui ne progresse pas après trois mois de renforcement justifie un avis médical et parfois une imagerie : voir la médecine du sport. Sur les gestes très déficitaires, l’équipe peut aussi proposer la Thérapie Galmeon.

Sur quoi repose cette prise en charge

La revue Cochrane de Karjalainen (2019). Huit essais, 1 062 personnes : à un an, la décompression sous-acromiale n’améliore pas la douleur, la fonction ou la qualité de vie par rapport à une chirurgie placebo. Face aux exercices, elle n’apporte probablement pas de bénéfice important non plus5.

L’essai CSAW (Lancet, 2018). Chez 313 personnes, la décompression arthroscopique ne fait pas mieux qu’une arthroscopie sans geste sur l’os, et l’écart avec l’absence de traitement n’est pas cliniquement important4.

La revue de Langenberg sur l’épaule en surf (Sports Med Open, 2021). Cette revue systématique décrit, quand l’épaule fait mal en surf, une perte d’amplitude et de force en rotation externe. Elle propose en prévention le renforcement des rotateurs externes et le travail de l’extension thoracique6.

Le temps de rame. Les analyses de temps et de mouvement donnent environ 50 % de rame, 40 % d’attente et 4 à 5 % de glisse1. Sur une séance d’entraînement de deux heures, on mesure 47 % de rame et 53 % d’attente2.

Quand consulter sans attendre

Ces situations demandent un avis médical rapide.

  • Une impossibilité brutale de lever le bras après une chute ou un wipeout.
  • Une déformation de l’épaule, ou une sensation qu’elle est sortie.
  • Une perte de force massive et rapide, avec fonte musculaire visible.
  • Une douleur nocturne permanente, une fièvre, une rougeur chaude.

Une épaule qui pique à la rame ?

Bilan de l’épaule et plan de renforcement au cabinet Mugitu, 3 avenue Kléber à Biarritz.

Un cas concret

45 ans, trois sessions par semaine à la Côte des Basques : consultation pour une épaule douloureuse à la rame depuis deux mois. On a raccourci les sessions à une heure et ajouté deux séances de coiffe par semaine. Sessions complètes retrouvées en dix semaines.

L'exercice

Rotations externes à l’élastique

Trois séries de quinze par bras, coude au corps, trois fois par semaine. Mouvement lent, sans compenser avec le tronc.

Questions fréquentes

Dois-je arrêter le surf ?

Rarement. On réduit la durée et l’engagement des sessions, en restant sous un seuil de douleur qui disparaît le lendemain.

Combien de temps pour aller mieux ?

Au cabinet, six à douze semaines de renforcement régulier dans la plupart des cas. Les épaules douloureuses depuis plus d’un an demandent trois à six mois.

Faut-il une IRM ?

Pas d’emblée. Les anomalies de la coiffe sont fréquentes chez des personnes sans douleur, et de plus en plus avec l’âge7 ; l’imagerie sert quand l’évolution ne suit pas ou en cas de suspicion de rupture.

La musculation aggrave-t-elle l’épaule ?

Bien dosée, elle fait partie du traitement. Ce sont surtout les charges trop lourdes trop tôt qui posent problème ; on se méfie aussi des développés en fin d’amplitude.

Sources

  1. Mendez-Villanueva A, Bishop D. Physiological aspects of surfboard riding performance. Sports Med. 2005. doi:10.2165/00007256-200535010-00005 (PMID 15651913)
  2. Secomb JL, Sheppard JM, Dascombe BJ. Time-motion analysis of a 2-hour surfing training session. Int J Sports Physiol Perform. 2015. doi:10.1123/ijspp.2014-0002 (PMID 24806868)
  3. Furness J, Hing W, Walsh J, et al. Acute injuries in recreational and competitive surfers: incidence, severity, location, type, and mechanism. Am J Sports Med. 2015. doi:10.1177/0363546514567062 (PMID 25646362)
  4. Beard DJ, Rees JL, Cook JA, et al. Arthroscopic subacromial decompression for subacromial shoulder pain (CSAW): a multicentre, pragmatic, parallel group, placebo-controlled, three-group, randomised surgical trial. Lancet. 2018. doi:10.1016/S0140-6736(17)32457-1 (PMID 29169668)
  5. Karjalainen TV, Jain NB, Page CM, et al. Subacromial decompression surgery for rotator cuff disease. Cochrane Database Syst Rev. 2019. doi:10.1002/14651858.CD005619.pub3 (PMID 30707445)
  6. Langenberg LC, Vieira Lima G, Heitkamp SE, et al. The Surfer's Shoulder: A Systematic Review of Current Literature and Potential Pathophysiological Explanations of Chronic Shoulder Complaints in Wave Surfers. Sports Med Open. 2021. doi:10.1186/s40798-020-00289-0 (PMID 33409808)
  7. Teunis T, Lubberts B, Reilly BT, et al. A systematic review and pooled analysis of the prevalence of rotator cuff disease with increasing age. J Shoulder Elbow Surg. 2014. doi:10.1016/j.jse.2014.08.001 (PMID 25441568)
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Un article ne remplace pas un examen. L'équipe vous reçoit 3 avenue Kléber à Biarritz.

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