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Pathologie · pubis

Comprendre une pubalgie qui traîne depuis des mois

Une douleur d’aine fréquente au rugby et au football, souvent installée depuis des mois avant la première consultation. Elle se traite, avec de la méthode et un peu de patience.

Ce sujet a sa page complète sur le site : Pubalgie du sportif à Biarritz

Lucas Bengoechea

Ostéopathe du sport

31 juil. 2026
5 min de lecture

Un carrefour de contraintes

Le pubis est le point de rencontre des adducteurs, des abdominaux et des muscles profonds du bassin. Dans les sports de changement de direction, de frappe et de contact, cette zone encaisse des forces contraires à chaque appui. Quand la charge dépasse la capacité, la douleur s’installe.

On parle aujourd’hui de douleur inguinale liée au sport. Le consensus de Doha en distingue quatre formes : adducteurs, psoas, canal inguinal et pubis1. L’atteinte des adducteurs domine largement : deux blessures d’aine sur trois dans un championnat professionnel de football suivi pendant deux saisons2. Au cabinet, on en trouve souvent deux à la fois chez la même personne.

C’est une blessure de patience. Pour une forme installée, comptez huit à douze semaines de rééducation active, la durée du programme évalué par Hölmich3, et une reprise du terrain par paliers.

Les signes qui reviennent le plus souvent :

  • Une douleur d’aine, souvent d’un seul côté, difficile à localiser précisément.
  • Elle réapparaît à l’accélération, au changement d’appui, à la frappe.
  • Une raideur douloureuse le lendemain des matchs et au lever.
  • Une faiblesse à la contraction des adducteurs, jambes serrées.

Trouver quelle structure parle

Le classement de Doha repose sur l’interrogatoire et l’examen clinique1. L’imagerie sert surtout à écarter les diagnostics à ne pas manquer.

L’histoire sportive. Poste, volume, reprise de saison, matchs enchaînés, antécédents de lésion des adducteurs.

La palpation ciblée. Insertion des adducteurs, pubis, canal inguinal, psoas : chaque zone oriente vers une forme différente.

Les tests de force. Adduction résistée, squeeze test, comparaison des deux côtés au dynamomètre.

Les diagnostics à écarter. Fracture de fatigue de la branche pubienne, pathologie de hanche, hernie, cause urologique ou gynécologique.

Renforcer les adducteurs, par étapes

Le renforcement progressif des adducteurs est le traitement de référence. Dans l’essai de Hölmich, 23 personnes ont repris leur sport au même niveau et sans douleur après un programme actif, contre 4 dans le groupe traité par des soins passifs, sur 68 au total3. Au cabinet, on voit souvent le repos seul soulager, puis la douleur revenir dès la reprise.

Phase 1 (deux à quatre semaines) : baisser l’irritabilité. On retire pour un temps les gestes déclencheurs (sprints, frappes, changements de direction) sans arrêter toute activité. Isométries d’adduction et travail du tronc en douceur.

Phase 2 (quatre à dix semaines) : charger progressivement. Renforcement excentrique et concentrique des adducteurs, inspiré de l’exercice de Copenhague, avec le travail des abdominaux profonds et des fessiers. Trois séances par semaine. Un programme fondé sur cet exercice a fait ses preuves en prévention4.

Phase 3 (dès huit semaines) : retour au terrain. Courses, appuis, frappes puis contacts, dans cet ordre. On autorise la reprise quand le squeeze test est indolore et que la force d’adduction est symétrique.

Au rugby, la pubalgie s’inscrit souvent dans une saison trop dense : voir le suivi au rugby et le testing de force pour objectiver la reprise.

Sur quoi repose cette prise en charge

Le consensus de Doha (2015). Vingt-quatre experts de quatorze pays ont fixé la terminologie actuelle des douleurs d’aine en sport. Elles sont classées par entité clinique (adducteurs, psoas, canal inguinal, pubis), puis viennent la hanche et les autres causes1.

L’essai de Hölmich (Lancet, 1999). Chez 68 personnes qui avaient mal aux adducteurs depuis 40 semaines en médiane, huit à douze semaines d’entraînement actif ont permis un retour au sport sans douleur bien plus souvent qu’une kinésithérapie sans exercices actifs3.

L’essai de Harøy (Br J Sports Med, 2019). Dans 35 équipes norvégiennes de football semi-professionnel, un programme fondé sur l’exercice de Copenhague a réduit de 41 % le risque de problèmes d’aine pendant la saison4.

Les blessures d’aine au football professionnel (2018). Sur deux saisons du championnat du Qatar, les adducteurs représentaient 68 % des blessures d’aine, devant le psoas (12 %) et le pubis (9 %)2.

Quand consulter sans attendre

Ces signes évoquent autre chose qu’une pubalgie.

  • Une douleur brutale avec impossibilité d’appui après un geste violent.
  • Une masse ou un renflement dans l’aine, surtout à la toux.
  • De la fièvre, des brûlures urinaires, du sang dans les urines.
  • Une douleur qui empire au repos et la nuit.
  • Un blocage de hanche ou une boiterie qui s’installe.

Une douleur d’aine qui dure ?

Bilan clinique et programme de renforcement au cabinet Mugitu, 3 avenue Kléber à Biarritz.

Questions fréquentes

Faut-il opérer une pubalgie ?

Rarement, et jamais en première intention. La chirurgie ne se discute qu’après plusieurs mois de rééducation active bien conduite et sans résultat.

Les étirements aident-ils ?

Peu. Le renforcement progressif est bien mieux documenté3.

Combien de temps d’arrêt ?

On évite l’arrêt complet. La rééducation dure en général huit à douze semaines pour une forme installée3, et la reprise du terrain se fait par paliers, parfois plus longtemps quand la douleur est ancienne.

Pourquoi ça revient chaque saison ?

Le plus souvent parce que la reprise a été décidée sur la disparition de la douleur, sans avoir retrouvé la force d’adduction du côté sain.

Sources

  1. Weir A, Brukner P, Delahunt E, et al. Doha agreement meeting on terminology and definitions in groin pain in athletes. Br J Sports Med. 2015. doi:10.1136/bjsports-2015-094869 (PMID 26031643)
  2. Mosler AB, Weir A, Eirale C, et al. Epidemiology of time loss groin injuries in a men's professional football league: a 2-year prospective study of 17 clubs and 606 players. Br J Sports Med. 2018. doi:10.1136/bjsports-2016-097277 (PMID 28666981)
  3. Hölmich P, Uhrskou P, Ulnits L, et al. Effectiveness of active physical training as treatment for long-standing adductor-related groin pain in athletes: randomised trial. Lancet. 1999. doi:10.1016/S0140-6736(98)03340-6 (PMID 9989713)
  4. Harøy J, Clarsen B, Wiger EG, et al. The Adductor Strengthening Programme prevents groin problems among male football players: a cluster-randomised controlled trial. Br J Sports Med. 2019. doi:10.1136/bjsports-2017-098937 (PMID 29891614)
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